Remplacer le « Traité de l’Absurdité » par une politique économique Rationnelle est condition indispensable au sauvetage de l’Euro PDF Print E-mail
I. Le « Traité de l’Absurdité »
Le premier janvier 2012, j’écrivais un plaidoyer pour une nouvelle politique économique européenne intitulé « Face à la crise de l’Euro, les élections françaises auront une portée européenne et devront corriger les erreurs de Maastricht et Lisbonne pour relancer l’Europe ».
Les élections sont passées, le nouveau gouvernement français investi pour le changement, et on vient d’apprendre par la presse que les nouveaux dirigeants sont tentés, à l’instar de leurs prédécesseurs, de laisser le confort diplomatique s’imposer en dépit du bon sens.
Voilà les trois raisons pour lesquelles je crois que ce serait une erreur tragique, et que tout doit être fait pour l’empêcher.
1. Un Absurde Juridique
Un Traité International doit être quelque chose qui dépasse l’ordre juridique fixé par la règlementation ordinaire, et non un texte règlementaire de plus, justifié par d’autres textes règlementaires.
Ce Traité se présente lui-même comme « étant en conformité » et résultant des règlements européens qui ont mis en marche le Traité de Maastricht dans les années quatre-vingt-dix. , C’est-à-dire qu’il s’énonce comme un acte sans aucun sens juridique.
Il traite des mêmes sujets répétant dans la forme et dans le contenu les parties les plus malheureuses de la réglementation du Traité de Maastricht sans lui ajouter un seul iota de substance.
Il faut signaler que la proposition d’amendes pour la non-implémentation de législation européenne existe déjà telle que proposée, que le déficit structurel de 0,5 % est aussi dans l’esprit sinon dans la lettre de la construction Maastrichtienne, que les deux réunions annuelles des Ministres de Finances de l’Euro sont nettement dépassées, bref, qu’il n’y a absolument rien de nouveau dans ce texte, sauf sa promotion au statut de Traité.
2. Un acte d’évasion de la réalité
Pourtant, comme les faits l’ont abondamment démontré et comme presque tout le monde l’a compris – apparemment à la seule exception des dirigeants européens – le corps règlementaire Maastrichtien a échoué au test de la crise et a besoin d’être profondément révisé, voir même refondé mais surtout pas répété.
Quand on compare la proposition du présent Traité avec d’autres tragédies de l’histoire économique européenne contemporaine, ce qui est le plus éclatant c’est le fait que par le passé, seule une minorité avisée était capable de prédire la tragédie – rappelons-nous Keynes et ces textes inoubliables sur les conséquences économiques de la paix de Versailles ou ces appels aux travaux publics en Grand Bretagne en 1931 – tandis qu’aujourd’hui presque tout le monde a compris le caractère désastreux des décisions des dirigeants européens, sauf eux-mêmes.
Dans le monde délirant de ces dirigeants, le problème n’est nullement l’erreur de leur politique, mais, bien au contraire, c’est le fait qu’elle ne fût pas suffisamment mise en œuvre, ce qui sera fait, si on la réaffirme plus fort encore en la passant du statut de règlement au statut de Traité.
3. L’usine à gaz n’est plus une solution
Bien sûr que les dirigeants européens ne croient pas tous à la sagesse du « Traité de l’Absurdité », bien au contraire, la majorité se sent rassurée par sa vacuité. Dans la bonne tradition européenne, on fait plaisir à un dirigeant politique européen en faisant croire à l’opinion publique de son pays qu’il a obtenu une victoire politique majeure sans rien faire de substantif et en faisant de surcroît fonctionner l’usine à gaz de la bureaucratie européenne.
Hélas, cette solution qui a si bien fonctionné tant de fois, qui a servi à dégonfler tant de conflits et rivalités, qui ont pu contenter presque tout le monde sans vraiment n’agresser personne, n’est plus une solution cette fois-ci ; le problème maintenant est réel et ne peut plus être résolu par des opérations cosmétiques.
Cette fois ci, il ne faut pas seulement faire semblant d’agir, on doit vraiment faire le nécessaire. La survie de l’Europe qu’on connait est vraiment en cause.
Bien qu’il n’y ait pas un consensus sur les politiques à poursuivre, presque tout le monde est pourtant d’accord sur un point : il faut réformer la politique qui a permis la présente débâcle.
II. La crise économique et financière
La crise actuelle – comme le répétait Monsieur Barroso confronté à la critique généralisée des dirigeants mondiaux réunis dans le cadre du sommet du G-20 à Los Cabos – n’est pas née en Europe, mais aux États-Unis au sein de son secteur financier. Mais, on peut aussi constater grâce à l’exemple bien plus proche du Royaume Uni que même en Europe la crise va bien au-delà de la zone Euro.
Comme cela a toujours été le cas, la crise présente s’est déroulée à partir de bulles spéculatives, généralement en rapport avec l’immobilier, mais quelques fois en rapport aussi avec un sur-crédit insoutenable à la consommation privé ou même public, notamment à travers les fameux « Public Private Partnerships ».
La dérèglementation sauvage du secteur financier – aspect majeur de l’épanouissement contemporain généralisé de l’idéologie de la main invisible – a permis la croissance insoutenable de déséquilibres économiques, sources de fortunes considérables des uns dans l’immédiat, mais du désastre généralisé de tous à terme.
Le projet de la monnaie unique, contemporain du sommet de la vague dé-réglementatrice dans les années quatre-vingt-dix, fût très sérieusement compromis par la maladie du temps; le seul danger de la monnaie unique étant toutes dettes et déficits publics, les déséquilibres extérieurs issus des bulles spéculatives privées étant vertueux, la main invisible se chargeant de les régler.
Le système Maastrichtien fût, autant que le système de Reaganomics ou le système de spéculation universelle de la City, victime de la même croyance aveugle aux vertus du marché. Le premier pas de sa réforme passe donc par la cure de cette maladie idéologique.
Cette cure doit concerner les deux volets essentiels de la croyance. Le premier est celui selon lequel seul le secteur public – c’est-à-dire, les activités non organisées par la main invisible – doit être sous vigilance. Ceci signifie qu’une future construction règlementaire de l’Euro doit considérer l’ensemble de l’économie, et pas seulement le secteur public. Le secteur financier en général et les mouvements de capitaux en particulier doivent être soumis à une vigilance spéciale.
Le deuxième volet de la croyance est celui de l’équilibre à terme de tous les marchés à condition que le Léviathan, c’est-à-dire, l’État, n’empêche pas le libre mouvement de la main invisible. Comme la pratique l’a largement démontré, rien n’assure que les rapports économiques en pleine liberté conduisent nécessairement à des équilibres, mais il est malheureusement fréquent qu’ils conduisent à des phénomènes catastrophiques.
C’est à dire que, non seulement il faut proscrire la croyance au caractère intrinsèquement démoniaque de l’État, mais qu’il faut aussi prévoir son action pour les cas où les systèmes économiques entrent dans les spirales récessives.
Comme le remarqua soigneusement le Premier Ministre de l’Inde au sommet de Los Cabos, « la politique de l’austérité synchronisée [qui est l’essentiel du modèle Maastrichtien] n’est pas appropriée quand la dynamique pour la croissance n’existe pas ».
Le Docteur Singh a expliqué avec une clairvoyance qui semble absente de notre continent qu’il faut contrecarrer l’austérité demandée aux pays plus endettés avec des mesures de relance par les autres pays « au prix d’une inflation accrue si nécessaire ».
Un déficit quelque part correspond par définition à un excédent ailleurs, et c’est à l’ensemble du phénomène, c’est-à-dire, aux conditions d’équilibre entre les uns et les autres qu’on doit s’adresser si on veut résoudre la question.
III. La Gouvernance
La gouvernance nécessaire à l’application des solutions va aussi de pair avec ces solutions mêmes.
La troisième croyance Maastrichtienne à dépasser est le « Pythagorean Triple » c’est-à-dire, son obsession avec ces chiffres magiques capables par eux-mêmes de régler tous les problèmes.
Il n’y a pas de chiffre magique – que ce soit pour le déficit, pour la dette, pour l’inflation ou bref, pour n’importe quel indicateur économique – capable par lui-même de régler le problème des équilibres macroéconomiques nécessaires à la croissance et au bien être soutenus.
Cette superstition est, si possible, aggravée par la présente proposition de Traité qui déroule des chiffres, des méthodes de calcul comptable et des ratios macroéconomiques comme si la découverte des chiffres magiques pouvait être la solution de que ce soit.
De ce point de vue-là, la construction Maastrichtienne est bien un pas arrière par rapport au système de Bretton Woods, où, à partir d’objectifs politiques clairs, compréhensibles et maitrisables, deux institutions majeures avec un large domaine d’autonomie sont censées de prendre les mesures nécessaires à la gestion du système.
En Europe il faut faire en sorte que les institutions européennes existantes soient en mesure de décider de mesures de gestion et de redressement économique sur la base des principes et des objectifs clairs.
La réforme des traités européens pour les rendre lisibles et applicables – dans un esprit opposé de 180 degrés à celui de la présente proposition – sera certainement bienvenue, mais elle n’est pas ni la priorité ni la clé de la question.
D’abord, il faut faire sortir les chefs d’État de la première ligne du procès décisionnel et rendre aux institutions européennes – qui étant loin d’être parfaites sont néanmoins le moindre mal – la tâche de mettre en œuvre une politique économique de redressement économique basée sur la rationalité et non sur le préjugé, dans le bon sens et non pas soumis aux dogmes de foi Maastrichtienne.
Pour que ça soit possible, il faut de toute urgence assurer le rejet du Traité qui est proposé aux européens, pas seulement par son absurdité, mais aussi comme moyen de libérer le chemin et permettre à des nouveaux acteurs de sauver l’Euro et la construction européenne qui risque de sauter avec sa création.
 
Bruxelles, 6 juillet 12
 
(Paulo Casaca)
 

 



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